Au SIBCA, le Salon de l’immobilier bas carbone, les acteurs du secteur dressent le bilan de plus d’une décennie de transformation. Décarbonation des bâtiments, matériaux, rénovation, adaptation au changement climatique et financement : l’immobilier doit désormais relever un double défi, réduire ses émissions tout en préparant les villes aux conséquences du dérèglement climatique.
Depuis cinq ans, le SIBCA – Salon de l’immobilier bas carbone s’est imposé comme un rendez-vous majeur pour les professionnels engagés dans la transformation du secteur immobilier. À l’occasion de cette nouvelle édition, Hélène Genin, déléguée générale de l’association BBCA, revient sur les évolutions du marché et sur les défis à relever pour accélérer la transition bas carbone.
Onze ans pour faire évoluer l’immobilier vers le bas carbone
L’association BBCA travaille depuis onze ans à la décarbonation de l’immobilier en France et en Europe. Elle rassemble aujourd’hui plus de 170 membres : maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, collectivités et différents acteurs de la chaîne immobilière.
Son objectif : faire progresser les méthodes de mesure du carbone, accompagner les professionnels et valoriser les opérations les plus exemplaires.
Cette évolution s’est notamment matérialisée par la création du SIBCA il y a cinq ans. Le salon rassemble désormais des milliers de professionnels autour des solutions permettant de transformer la manière de concevoir, construire, rénover et exploiter les bâtiments.
« Il faut aujourd’hui massifier » : derrière cette formule se trouve l’un des principaux enjeux de la transition immobilière. Les solutions existent, mais elles doivent désormais changer d’échelle.
Du bilan énergétique au bilan carbone : un changement de paradigme
La décarbonation transforme profondément les pratiques du secteur immobilier. Pendant longtemps, la performance d’un bâtiment était principalement analysée à travers ses consommations énergétiques.
L’approche bas carbone impose désormais d’élargir le regard.
Le choix de l’énergie utilisée, mais aussi celui des matériaux, des techniques constructives et des équipements, influe directement sur l’empreinte carbone d’un bâtiment. Le bois, par exemple, peut permettre de réduire certaines émissions liées à la construction, tandis que l’industrie du béton doit poursuivre ses efforts de décarbonation.
L’enjeu consiste donc à analyser l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment :
la conception ;
la construction ;
le choix des matériaux ;
l’exploitation ;
les consommations énergétiques ;
la rénovation ;
la fin de vie du bâtiment.
Cette approche nécessite de « mettre les lunettes carbone » dès les premières étapes d’un projet.
L’immobilier bas carbone oblige les professionnels à travailler autrement
La transition écologique ne concerne pas uniquement les matériaux ou les technologies. Elle modifie également les méthodes de travail.
Architectes, bureaux d’études, industriels, promoteurs, investisseurs et collectivités doivent davantage collaborer dès la conception des projets. Le fonctionnement en silos devient progressivement incompatible avec les objectifs de décarbonation.
Le bâtiment bas carbone repose donc aussi sur une plus grande transversalité entre les métiers.
Cette coopération permet d’identifier plus tôt les leviers permettant de réduire l’empreinte carbone d’une opération et d’arbitrer les choix techniques en conséquence.
Décarbonation et adaptation climatique : le double défi de l’immobilier
Les événements climatiques récents rendent cette transformation encore plus urgente. Canicules, incendies, fonte des glaciers et autres manifestations du dérèglement climatique renforcent la nécessité de préparer les bâtiments et les villes à un climat différent.
Pour les professionnels de l’immobilier, il ne s’agit donc plus seulement de réduire les émissions de carbone. Il faut également rendre les bâtiments et les territoires plus résilients.
Cela passe notamment par :
la création d’îlots de fraîcheur ;
le développement de la ventilation naturelle ;
la conception de logements traversants ;
la végétalisation ;
une meilleure prise en compte du confort d’été ;
l’adaptation des bâtiments aux épisodes de chaleur.
Cette logique d’adaptation au changement climatique vient compléter celle de l’atténuation, qui consiste à réduire les émissions liées à la construction et à l’exploitation des bâtiments.
Le SIBCA a d’ailleurs renforcé cette dimension avec un espace consacré à l’adaptation et à la résilience climatique.
Le financement, un levier essentiel pour accélérer la transition
La transformation du parc immobilier nécessite des investissements importants, notamment dans la rénovation et la construction bas carbone. Dans un contexte de ralentissement du marché immobilier et de crise du logement neuf, la question du financement devient particulièrement stratégique.
Mais la transition peut également constituer une opportunité pour les investisseurs.
Les actifs immobiliers présentant de meilleures performances environnementales peuvent être davantage recherchés par les investisseurs et bénéficier d’une meilleure attractivité dans le temps. Les stratégies de décarbonation se généralisent ainsi progressivement dans le secteur.
L’enjeu n’est donc plus seulement de construire bas carbone, mais de faire de la performance environnementale un véritable critère de valeur des actifs immobiliers.
La prochaine étape : massifier l’immobilier bas carbone
Après avoir développé des méthodes de mesure et accompagné les premières opérations exemplaires, l’association BBCA veut désormais accélérer la diffusion des pratiques bas carbone.
De nouvelles méthodes de comptabilité carbone sont développées pour différentes typologies d’actifs, notamment dans l’immobilier logistique et à l’échelle des quartiers.
Les trophées et Grands Prix remis lors du SIBCA permettent également de mettre en lumière les opérations les plus ambitieuses et de montrer que les solutions techniques et opérationnelles existent déjà.
La prochaine étape est donc celle de la massification.
L’un des indicateurs mis en avant par BBCA récompense notamment les acteurs dont plus de 30 % de la production atteint un niveau exemplaire en matière de bas carbone. L’objectif affiché est de voir ce nombre progresser fortement dans les prochaines années.
Car le véritable changement d’échelle de l’immobilier bas carbone ne reposera pas uniquement sur quelques bâtiments pionniers. Il dépendra de la capacité de l’ensemble de la filière à intégrer ces pratiques dans une part toujours plus importante de sa production.
Immobilier bas carbone : le temps de la généralisation
En onze ans, la décarbonation de l’immobilier est passée d’une démarche portée par quelques acteurs pionniers à un enjeu stratégique pour l’ensemble du secteur.
Mesurer le carbone, choisir des matériaux moins émissifs, repenser les modes constructifs, collaborer davantage entre professionnels, financer la rénovation et adapter les bâtiments aux nouvelles conditions climatiques : la transition immobilière est désormais globale.
Le défi des prochaines années sera celui du passage à l’échelle. Les solutions existent. Reste désormais à les généraliser pour faire du bâtiment bas carbone non plus une exception, mais une nouvelle norme de l’immobilier.
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