Agroécologie : comment cette ferme a doublé sa rentabilité en produisant moins de lait
Agroécologie et rentabilité, produire moins pour gagner davantage : c’est le pari réussi par Magali et Raymond Ollier, éleveurs laitiers en Haute-Loire. En repensant entièrement leur exploitation grâce aux principes de l’agroécologie, ils ont réussi à améliorer leurs revenus, réduire leurs charges et retrouver de meilleures conditions de travail. Leur expérience au GAEC de l’Aubrigoux démontre qu’écologie et performance économique peuvent aller de pair.
Agroécologie : une nouvelle stratégie pour sauver leur exploitation
Installés à Saint-Jean-d’Aubrigoux, sur les plateaux du Forez à 1 000 mètres d’altitude, Magali et Raymond Ollier ont longtemps cherché l’équilibre économique. Après la reprise de la ferme familiale en 2000, le couple avait choisi d’intensifier sa production pour augmenter les volumes de lait. Mais les résultats n’étaient pas au rendez-vous.
En 2015, avec 70 vaches laitières, 73 hectares et 440 000 litres de lait produits, les éleveurs peinaient toujours à dégager un revenu satisfaisant. « On produisait plus, on dépensait beaucoup et il ne nous restait rien », résume Raymond.
Le déclic intervient avec leur participation au GIEE Los Bons Prats, lancé en 2017 par le Groupement de développement agricole Forez-Emblavez. Ce collectif accompagne les agriculteurs dans la transition agroécologique, notamment grâce à l’outil Capflor®, développé avec l’INRAE, qui aide à concevoir des prairies à flore variée.
Miser sur l’autonomie alimentaire et les prairies naturelles
Accompagnés techniquement et formés à de nouvelles pratiques, Magali et Raymond décident de transformer leur système de production. Première étape : réduire le troupeau, supprimer les achats de maïs ensilage et de tourteaux et repenser complètement l’organisation de l’exploitation.
L’objectif est de produire directement sur leurs terres l’essentiel de l’alimentation des animaux. Pour cela, ils implantent des prairies à flore variée, adaptées aux caractéristiques des sols et aux usages des parcelles.
Ray-grass, trèfles, chicorée, plantain, fétuque ou encore lotier corniculé composent ces mélanges végétaux. Les analyses de sol permettent d’adapter les implantations et de favoriser leur développement. Le pâturage tournant dynamique devient également central : les vaches sortent dès février ou mars, selon les conditions, avant de passer progressivement au pâturage jour et nuit.
Cette stratégie permet de réduire les achats extérieurs, d’améliorer l’alimentation du troupeau et de gagner en autonomie.
Une rentabilité agricole multipliée par deux
En 2020, le couple franchit une nouvelle étape en convertissant son exploitation à l’agriculture biologique. Grâce à une meilleure gestion des rotations, les résultats sur les céréales sont également au rendez-vous.
Les chiffres illustrent l’ampleur de cette transformation. La production laitière est passée de 440 000 à 270 000 litres, mais l’excédent brut d’exploitation (EBE) moyen a été multiplié par deux en dix à douze ans.
Cette progression s’explique notamment par la diminution des achats d’aliments, des dépenses de matériel et des problèmes sanitaires du troupeau. En déléguant davantage de travaux à un entrepreneur local, les éleveurs ont également libéré du temps pour mieux s’occuper de leurs animaux.
Une transition écologique et humaine réussie
Au-delà des résultats économiques, Magali et Raymond ont retrouvé du confort et de la sérénité dans leur métier. Leur engagement dans le GIEE Los Bons Prats a aussi permis de créer une dynamique collective qui perdure après la clôture du dispositif en 2024.
Échanges entre agriculteurs, visites d’exploitations et accompagnement technique continuent d’alimenter cette démarche.
Leur parcours montre que l’agroécologie ne se résume pas à une évolution des pratiques agricoles. C’est aussi une autre manière de penser son exploitation, en privilégiant l’autonomie, la simplicité et la qualité de vie. Une démonstration concrète qu’une agriculture plus respectueuse de l’environnement peut aussi être économiquement plus performante.
Paroles d’Agriculteur avec Cerfrance
Ce reportage vous est proposé en partenariat avec Cerfrance, premier réseau associatif de conseil et d’expertise comptable. Présent partout en France, il accompagne les entrepreneurs dans la gestion, la comptabilité et la stratégie d’entreprise. Avec plus de 320 000 clients et 720 agences, Cerfrance intervient dans tous les secteurs, de l’agriculture au commerce en passant par l’industrie. Son rôle : conseiller et soutenir les dirigeants à chaque étape de leur activité, y compris en période de turbulence. Paroles d’Agriculteur donne la parole aux entrepreneurs qui font face aux défis concrets de leur métier.










